Philosophie des sciences
Je travaille actuellement sur les sujets suivants :
Philosophie expériementale
En
collaboration avec Michel Chapuisat et Fabrice Clément, je mène une
étude expérimentale visant à mieux comprendre la nature des processus
psychologiques impliqués dans les actions de punition morale. Cette
étude fournira également des informations importantes pour faire
avancer un débat philosophique âprement discuté qui oppose deux thèses:
l’une affirme qu’un calcul d’intérêt personnel est toujours sous-jacent
à ce genre d’action (par exemple, je punis les personnes moralement
condamnables parce que cela me procure une bonne réputation) ; la
seconde thèse affirme qu’il est possible d’être motivé à punir pour des
raisons intrinsèquement morales, sans prendre en considération ses
propres intérêts.
L'expérience consiste à demander à des sujets de
voter en faveur (ou contre) la meilleure candidate à un concours de
musique, sachant que par ailleurs son comportement est moralement
répréhensible. La question que nous nous posons est de savoir dans
quelle mesure le jugement moral peut contrebalancer le jugement
esthétique et pousser les sujets à « punir moralement » la musicienne.
Nous nous attendons à ce qu’une proportion significative de sujets
applique la punition morale. Si tel est le cas, nous interpréterons ces
résultats en faveur de l’existence d’une tendance psychologique (qui
s’exprime probablement par le biais d’une réaction émotionnelle) à la
punition morale. En outre, étant donné que les sujets sont placés en
observateurs (ils ne sont pas impliqués eux-mêmes dans la situation) et
que leur vote demeure anonyme (ils ne peuvent pas se forger une
réputation de bons punisseurs), il serait difficile de rendre le
résultat compatible avec la thèse du calcul d’intérêt personnel.
Philosophie morale
Ce projet de recherche consiste en l’élaboration d’un « tableau affectif
», un modèle théorique qui donne la part belle aux affects et émotions
en décrivant : 1/ la manière dont les gens évaluent les situations et
forment leurs valeurs et normes personnelles ; 2/ se qui motive les
gens à agir de manière pro-sociale. Ce tableau affectif repose sur un
certain nombre d’hypothèses qui restent à tester. Je propose de
distinguer différentes sortes de jugements évaluatifs, certains étant
cognitivement plus complexes que d’autres. Les "jugements sophistiqués"
sont le produit de considérations rationnelles et exigent une activité
réflexive impliquant la prise en considérations de valeurs et normes ;
au contraire, les "jugements de valeur spontanés" sont plus primitifs
et ‘mécaniques’ mais, de par leur relation étroite avec l’affect, ils
permettent de motiver à agir.
Pour le moment, seules les grandes
lignes de ce tableau affectif ont été élaborées. Il s’agit maintenant
de tester et affiner cette première ébauche. Si mes hypothèses sont
correctes, ce tableau non seulement permettra de mieux comprendre nos
choix évaluatifs ; il fournira également un nouveau cadre théorique qui
permet de repenser de vieux débats philosophiques, notamment la
traditionnelle controverse entre l’internalisme et l’externalisme
motivationnel, c’est-à-dire la question de savoir si le seul fait de
produire un jugement moral possède une force motivationnelle.
Du
point de vue méthodologique, une approche empirique et
interdisciplinaire est adoptée. La procédure consiste à i) collecter un
maximum de données empiriques au sujet du fonctionnement social humain
provenant de différentes sciences (psychologie, anthropologie, biologie
évolutionniste, économie empirique, neurosciences, etc.) ; ii) vérifier
la plausibilité des données et de leur interprétation ; iii) comparer
ces données et interprétations et se demander quelles conclusions
peuvent raisonnablement en être tirées pour une meilleure compréhension
du jugement et comportement évaluatifs propres aux êtres humains.
Recherche
de thèse sur l'éthique évolutionniste
Ce
travail est une contribution à l'éthique évolutionniste, un courant de
pensée dont les débuts remontent à la seconde moitié du 19è siècle et
qui s'inspire des connaissances de la biologie évolutionniste pour
aborder les questions éthiques (genèse de la moralité, métaéthique,
fondement des principes moraux). L'éthique évolutionniste comprise dans
son sens contemporain est un domaine de pensée à la fois riche et
complexe, imprégné non seulement des idées de Darwin mais également de
données et outils théoriques issus de sciences aussi variées que la
biologie évolutionniste, la théorie des jeux, la psychologie, la
neurologie, l'anthropologie, l'économie empirique ou les sciences
cognitives en général. Ainsi ce courant peut être considéré comme un
emblème de l'interdisciplinarité.
Ce travail présente une large
palette de théories et données scientifiques sur lesquelles reposent
les réflexions menées en éthique évolutionniste. Il s'agit également de
montrer comment ce courant s'inscrit à l'intérieur même de la
philosophie morale sans se résumer à une seule ligne de pensée. Il
s'agit plutôt d'une méthodologie originale dont il est indispensable de
clarifier l'application. C'est d'ailleurs l'objectif essentiel du
travail : mesurer les limites et les possibilités de l'adoption d'une
perspective évolutionniste et scientifique dans le domaine moral. Il
apparaît que dans le foisonnement de voies possibles, seules certaines
résistent à la critique.
Pour en savoir plus....
Dessin
de Jacques Hausser
English website